« Médias et Mobilisations sociales : la morgue et le mépris »

« En 1995, la quasi-totalité des grands médias on soutenu « la réforme » de la sécurité sociale. En 2001, ils ont salué « la réforme » du statut de la SNCF. En 2002, ils ont apprécié « la réforme » des retraites. En 2005, ils ont beaucoup aimé le « contrat nouvelle embauche »…

Comment et pourquoi, depuis plus de 10 ans, les mobilisations sociales ne suscitent-elle chez la quasi-totalité des présentateurs, éditorialistes et chroniqueurs, que morgue et mépris pour les travailleurs et les étudiants, systmatiquement présentés comme des fauteurs de trouble, des preneurs d’otages et des « immobilistes » invétérés (« L’opinion n’a pas mûri. Sa conviction du besoin de changement reste confuse et rêtive » : Le Monde) ?

Henri Maler et Matias Raymond, ont analysé, sur la base d’une large documentation, tant écrite qu’audio-visuelle, ces figures du discours dominant, le vocable utilisé qui transforme le peuple en espèce infantile et animale, dont le seul mode d’expression serait le grognement (« la grogne »), ainsi que les mécanismes qui amènent les journalistes en vue à devenir des « chiens de garde » du capitalisme, sans même avoir besoin de se concerter.

Pourquoi entonnent-ils d’une même voix « l’hymne à la flexibilité » (« Non au CPE ? Alors, oui au chômage des jeunes! » : Paris Match), la rengaine sur nos voisins soi-disant plus « raisonnables », la pseudo-opposition d’intérêts entre égoistes enseignants et autres fonctionnaires laissant dans la précarité « les jeunes exclus », en s’accrochant à leurs « privilèges » ?

Des perles en série : le quotidien Ouest France (le plus gros tirage en France) le 10 juin 2003, jour de manifestations et de grèves contre la réforme des retraites, qui réussit dans le même éditorial à s’interroger : « Va-t-on par lacheté laisser aux extrêmes le soin de dicter au pays les solutions les plus déraisonnables ? » et à écrire « En 1940 aussi, l' »opinion » était majoritairement favorable à l’armistice » ; Arlette Chabot sur France 2 qui s’attriste : « Pourquoi est-il impossible de réformer la France » ; Le Monde qui s’inquiète à longueur de colonnes : « une posture radicale pourrait bien constituer les prémisses d’un mouvement social qui contraindrait les syndicats à entrer dans la surenchère », ou encore « les syndicats bloquent toute évolution au nom d’une pseudo-resistance contre l’ultra-libéralisme et la précarité »… « pour une fois qu’un gouvernement a le courage de prendre le problème (des retraites) à bras le corps »…

Et bien d’autres, qui génèrent un véritable comique de répétition qu’on vous laisse décrouvrir sous la plume alerte des auteurs, qui sont les fondateurs et animateurs d’ACRIMED (ACtion CRitique MEDias), un observatoire précieux qui réunit, depuis 1996, chercheurs, acteurs du mouvement social et « usagers » des médias.

Henri Maler sera samedi 2 février l’invité de la librairie Résistances, pour y développer cette étude, en débattre avec le public et dédicacer ce petit livre remarquable (7 euros, editions Syllepse).